Intel va racheter Wind River : et après ?
Intel (microprocesseurs) et Wind River (systèmes d'exploitation temps réel) entretiennent des relations étroites, qui s'étaient encore renforcées fin mai avec la signature d'un accord de coopération dans l'univers de l'informatique de loisirs. Rien ne laissait donc présager qu'Intel chercherait à racheter Wind River. Après tout, Intel a une relation de longue date avec Microsoft et ce n'est pas pour ça qu'il l'a racheté ! Le prix n'est pas le même, dira-t-on... Sans doute, mais Wind River n'est pas pour autant donné et ce n'est pas en tout cas une opportunité comme il s'en présente toujours en situation de crise.Intel (microprocesseurs) et Wind River (systèmes d'exploitation temps réel) entretiennent des relations étroites, qui s'étaient encore renforcées fin mai avec la signature d'un accord de coopération dans l'univers de l'informatique de loisirs. Rien ne laissait donc présager qu'Intel chercherait à racheter Wind River. Après tout, Intel a une relation de longue date avec Microsoft et ce n'est pas pour ça qu'il l'a racheté ! Le prix n'est pas le même, dira-t-on... Sans doute, mais Wind River n'est pas pour autant donné et ce n'est pas en tout cas une opportunité comme il s'en présente toujours en situation de crise. La société est en bonne santé et Intel la paye au prix fort. Les 884 M$ annoncés sont à rapprocher des 360 M$ de chiffre d'affaires réalisés par Wind River au cours de son dernier exercice. Ils représentent un bonus de 44 % par rapport à la capitalisation boursière de Wind River au moment où Intel a fait sa proposition d'achat... (ce bonus a été jugé satisfaisant par les dirigeants de Wind River, qui ont à l'unanimité invité leurs actionnaires à céder leurs actions à Intel).
De nombreuses interrogations
Sur Internet, de nombreux experts s'interrogent sur le sens de cette opération et ses conséquences. Pour ce qui est du fond, il y a la volonté d'Intel d'élargir sa plate-forme d'applications. La société américaine s'est jusqu'ici concentrée sur le marché des PC et des serveurs, et détient une position largement dominante dans ce domaine puisque 80 % des PC vendus dans le monde sont équipés de processeurs Intel. Maintenant, elle veut être davantage présente sur le marché des systèmes embarqués (dans l'aéronautique et la Défense) et surtout celui des produits de loisir et grand public mobiles (les smartphones, les équipements d'Internet mobiles, les GPS, par exemple). Ceci suppose de s'attaquer à tous les fournisseurs qui utilisent des processeurs faisant appel à des architectures autres que x86. Wind River peut l'aider dans sa démarche car ses systèmes d'exploitation sont utilisés avec pratiquement toutes les architectures, notamment MIPS, PowerPC et ARM. WindRiver est présent sur des marchés où Intel est à la peine : il réalise en effet 25 % de son chiffre d'affaires dans l'aéronautique et la défense, et 20 % dans le grand public (et tout le reste, soit plus de la moité dans l'industriel et les télécoms).
Mais pourquoi Intel ne s'est-il pas contenté de ses accords de partenariat ? Un analyste indique qu'Intel a voulu éviter le risque que WindRiver ne soit rachetée par un autre, Qualcomm par exemple. D'autres soulignent que ce rachat, outre la raison officielle (favoriser les processeurs Intel dans les produits de loisirs) s'inscrit dans la logique d'une politique de diversification dans les logiciels, mise en place pour moins dépendre du marché des processeurs.
Enfin, ce rachat laisse quelques questions en suspens. Intel pourra-t-il conserver ses liens privilégiés avec Microsoft et est-ce que le fameux couple Wintel (Windows-Intel) ne va pas être remis en cause ? En rachetant Wind River, Intel devient en effet un concurrent de Microsoft sur certains marchés, notamment sur les applications Windows Mobile et Windows Embedded. Autre question, Wind River a une offre open source Linux. Certains se mettent à rêver que VxWorks, le système d'exploitation phare de Wind River suive le même chemin. Reste enfin la grande question : que vont devenir les accords qu'a Wind River avec pratiquement tous les fournisseurs de microprocesseurs, qui sont déjà des concurrents d'Intel, ou qui sont appelés à le devenir (vu qu'Intel veut aller sur leurs marchés). Il faudra attendre un petit peu pour avoir toutes ces réponses, d'autant que l'opération de rachat n'est pas arrivée à son terme (la finalisation devrait prendre quelques semaines) et que, sait-on jamais, on n'est pas à l'abri d'une surenchère.
J-F P
